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JOURNAL D'UN FOU DE HAÏKU
Haïbuns et Haïkus
Chapitre 5 

LES TEMPS INFINIS


Mon voyage dans l'univers m'impressionna si profondément que  nostalgique de ma bonne terre, je revenais fréquemment ici - bas, me ressourcer dans mon jardin.

Evènements et instants particuliers se produisirent, s'enchaînèrent.
Tout semblait durer pour l'éternité, des temps infinis, où rien ne s'oublierait.
 



 

LES MESSAGERS
Eté 2025

Après la canicule de juin - juillet la pluie était revenue.
Les tomates qui avaient poussées en restant toutes petites, pouvaient s’hydrater et j’espèrais qu’elles finiraient par grossir, des tomates miniatures ce n’était pas ce qu’il y avait de mieux dans mon assiette.

Le jeune laurier - tin planté sur la caillasse près du cabanon - atelier faisait aussi grise mine.
Ailleurs, le jardin avait bien résisté, sans doute en raison des nuits restant plus fraîches. Il était encore plus beau et luxuriant que jamais.
Le pêcher et le pommier portaient une multitude de fruits, évidemment toujours pas très gros.
 
Les canniers étaient quand à eux devenus gigantesques, prodiguant sur le bassin aux poissons rouges un  ombre salutaire.
Leurs oriflammes se frottant les uns sur les autres, à la moindre brise, envoyaient leur étrange musique aux sons soyeux.

Comme tous les soirs, les poissons rouges, m’attendaient vers 20 h, pour leur distribution de granulés, et , quand ils entendaient mon pas, se précipitaient au coin du bassin, leurs petites bouches tendues vers les granulés pas encore tombés.

Des petits yeux noirs sur des corps rouge -  vermillon, pleins de vie, se battant à moitié pour en attraper un, se lançant dans une attaque, qu’ils voulaient foudroyante comme font les grands, emportant précipitamment au fond de l’eau le delicieux bâtonnet, pour revenir aussitôt en chercher un autre.

Dans des bruits de plafs et de ploufs !

Ce rituel quasi quotidien pour moi était devenu capital.
 
Je ressentais si bien ces petites vies, je les adorent mes cyprins et je me surprenais à penser que dans l’univers infini, ils doivent avoir leur place.
 
Oui, brillants de tous leurs feux, ils étaient faits de matière, animés par la vie à l'instar des étoiles qui naissent et meurent.

Ne cherchons plus l’origine de la vie.
La vie, c’est avant tout matière et amour.
Ce n’est pas dans un tube à vide avec des millions de volts que l’on va réussir à la créer.
Il manque un élément fondamental, métaphysique,  en lien avec un grand désir et l'amour .

Ils m’emportaient si loin ces petits poissons rouges avec leur drôle de façon d’attaquer les granulés !
J’avais ressenti la plénitude de leur monde et sa sérénité, comme la vie accrochée à la terre, jusqu’aux étoiles vivantes , naissantes et mourantes, lorsque je me promenais aux confins du nuage d’Oort et ailleurs, si loin, à la limite d'expension de l’univers, s'étendant toujours encore plus loin.

J’avais compris que la vie c’est l’amour avant tout, quelque chose que l’on n’explique pas.

Je vois ces toutes petites libellules bleues, ces demoiselles autour du bassîn.
L’une d’elles est venue se poser sur ma cuisse.

Je suis en short, il fait très chaud en ce début d’après - midi.
Elle reste longtemps, je la sens sur ma peau, son énergie, sa force, sa vie.
Elle me fait comprendre que nous sommes bien, que je dois me taire, écouter, ressentir et ne pas bouger.

Elle finit par partir.
Non, je ne peux oublier cet instant, rien n’est perdu.

La vie c’était bien l’amour, et, réciproquement, cet amour de la vie d’où venait - il?


Devenue grande
Cette demoiselle bleue
Sur ma peau posée





L'hiver 2025 arrivait doucement, le jardin se calfeutrait sous les feuilles et le bois mort, sous le lierre du grand chêne. Cotoneastes, buissons ardents, troënes des bois, s'habillaient de baies rouges et noires.

Parsemé d' herbes folles, de vieilles pommes maintenant  blettes et dispersées partout par les jeux de mon jeune braque, le jardin était devenu une auberge ouverte à toutes les petites bêtes  recherchant un peu de chaleur.





DEUX YEUX AU DESSUS DE LA GOUTTIERE
Toussaint 2025


Mon vieux chat vient de mourir quelques jours avant la Toussaint.
Ce temps définitivement perdu, je ne le rattraperai pas.

Pourtant, je ressens toujours près de moi ta petite âme de chat.
Maintenant tu es libre et libéré de ton corps de félin, douloureux à la fin mais si puissant auparavant et qui t’a sauvé quand tu étais jeune et errant.

La première fois que je t'ai vu, tu appelais à l’aide allongé et blotti tout la haut dans la gouttière de la voisine.

Adieu mon chat Charly je t’aimais tant.
 
Tes yeux clairs bordés de noir, ton petit museau pointu, ta face blanche prolongée par cette longue robe tigrée.
Tout était une merveille chez toi.

Le roi de la cour, un seul de ton regard décourageait les intrus, les chats rivaux et autres vagabonds.
 
Tu avais eu si faim que tu finisais toutes les assiettes en ne laissant aucune miette pour les autres.
 
Les chiens, osant s'aventurer dans la cour et celui de la maison, ne t’impressionnaient pas. Tu marchais tranquillement vers eux, avec tes yeux lançant des éclairs.

Mais tu aimais les hommes et tu leur tendais tes pattes pour qu’ils te prennent et leur dire quelque chose, des mots à toi, une histoire à l’oreille.

Ces hommes dont l’un d'eux, très cruel, t’avait enfermé dans un sac plastique au fond d’une poubelle et cet autre qui a entendu tes cris suppliànts et t’a délivré.

Pour aller te cacher, pendant des jours et des nuits, allongé dans cette gouttière de la voisine.

Je te voyais souvent là, je pensais à tort que tu étais son nouveau chat.

Et tu m'appelais quand je passais, encore et encore, couché tout là haut dans la gouttière, la patte pendante.

Jusqu'au jour où je lui ai demandé si c'était son chat. Quel fût alors mon étonnement d'apprendre que non et qu'elle le voyait ainsi dans la gouttière depuis des jours et des jours.

Je l'ai de suite appelé, il est de suite descendu et m'a suivi paisiblement jusqu'à ma maison, tout à côté.

Tu m’as donné tant d’amour, je t’aimais en retour comme jamais je n'ai aimé un chat.

Avec toi dans le jardin, les printemps devenaient éternels, les hivers si beaux quand tu revenais à la maison, marquant devant moi la neige blanche de tes petits pas.

Une étoile a illuminé ma vie pendant des années. Je te reverrai. j’en suis sûr.

Juste un "au revoir" mon Charly. Dans mes larmes je ris, tu te caches mais je te vois!

Deux yeux au dessus de la gouttière !




Haïga de Charly
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à suivre...






Jissé R. © tous droits réservés - 2024
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